Carnet de bord

Un Rêve d’Islande : Le Miracle !

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Après un début de séjour compliqué par une météo capricieuse, le réveil ce matin est plus doux. Enfin un beau ciel bleu ! Et quel bonheur de pouvoir contempler pleinement ces paysages, qui jusqu’à aujourd’hui nous restaient partiellement cachés.

Un tracé sans info

En ce jour béni nous mettons le cap sur l’Hellisholar Cottage, un site de camping et de huttes au plus près du volcan Eyjafjallajökull (celui-là même qui avait plongé l’Europe dans un black-out aérien il y a quelques années). Au programme de la journée, il y a plusieurs F-roads: la F208, F 233 et F210, des pistes dont je n’ai eu aucune impression ni aucune info particulières.

Dès le début du tracé nous comprenons que ce jour va être particulier, et le soleil y est pour beaucoup. Quel bonheur de faire trempette dans les gués quand les températures sont clémentes… Et pour le coup nous avons de quoi en profiter, avec près de 30 gués franchis sur la journée ! De quoi étancher n’importe quel ivrogne 😉 .  Nous avons la chance de découvrir ces fameux paysages contrastés sous leur meilleur jour et ce je pense, dans un des coins les plus féériques de ce pays. Mais revenons à nos moutons !

Après une bonne nuit de sommeil dans ce petit havre de paix, nous enfourchons nos montures et avalons les premiers kilomètres tranquillement, car malgré l’arrivée du soleil tant attendu, les températures matinales peinent à monter. Cependant il ne nous faut pas longtemps pour commencer à se régaler ! La piste est géniale, des gués comme s’il en pleuvait, des courts et profonds, des larges moins profonds, des rivières enchainées et même des vallées dans lesquelles les pneus ne sont que très rarement au sec, d’ilot en ilot, le tout dans des tons de noir, vert éclatants et quelques soupçons de doré, un régal pour les yeux !

En bifurquant sur la F233 nous voyons un panneau indiquant “Seulement pour les 4×4 préparés”. Il nous semble l’avoir déjà aperçu autour de nos précédentes pistes et, après une longue réflexion d’environ 2 secondes, on s’est dit “C’est bon ça, doit le faire !”. Confiants, la F-road s’avère être techniquement relativement similaire à celles empruntées quelques jours auparavant, juste un peu plus raide et caillouteuse que les autres… Mais ça c’était avant que nous arrivions à un gué, que dis-je, “LE” gué. Marc et moi arrivons devant, nous nous disons alors que celui-là a l’air costaud.

Le courant, la profondeur, un fond rocheux et une belle largeur, le passage s’annonce délicat, voire compromis ! Pompon et Jaco arrivent confiants dans leur 4×4 rehaussé et après y avoir jeté un œil, ils se lancent ! Et bien, je crois qu’ils ont fait dans leurs frocs 🙂 . Un trou dans le lit de la rivière a fait ballotter le Pick up, comme si on secouait une feuille de papier. Arrivé de l’autre côté le teint livide, Pompon s’exclame “Je ne repasse plus par là !”.

Nous avons donc, grâce à Jaco et ses guêtres étonnamment sexy en ce moment plutôt inquiétant, tenté de sonder le lit de la rivière à plusieurs endroits, mais malheureusement sans résultat concluant. Même à pieds le courant menace d’embarquer notre précieux chef cuistot. Nous nous résignons donc. Nous ne pouvons pas prendre le risque de noyer les motos, la rivière parait infranchissable… Non sans négociation, Pompon refranchit le gué en sens inverse pour nous rejoindre (sans passer dans le trou !).

Une aire de stationnement et de demi-tours ainsi qu’une table de pique-nique se trouvent là, comme si d’autres avaient eu la même mésaventure que nous ! Nous y cassons la croute tout en réfléchissant à l’itinéraire que nous allons emprunter.

Jusqu’à ce que Pompon aperçoive un mirage… “Il y a un pont là !”, un pont naturel en aval de là où nous sommes. Impressionnant, il est là le Saint Graal fait de roche volcanique qui lie les deux berges juste en dessous de nous. Après y avoir jeté un œil, ce pont utilisé pour le bétail parait franchissable. Le 4×4 doit à nouveau franchir le gué, au grand désespoir de Pompon 🙂 .

Après quelques éraflures sous les sabots et grâce à l’aide de nos compères, les motos arrivent intactes de l’autre côté de la rivière. En prime nous faisons même de fabuleuses images de drone, avec une p’tite chute d’eau en fond, que du bonheur !

Nous reprenons donc l’itinéraire initial, rassurés car l’idée du demi-tour ne plaisait à personne.

Alors que le paysage défile, nous voilà de nouveau confrontés à un gué, quasi similaire au précèdent. “Ne serait-ce pas la même rivière ?”. Sauf que là, pas de pont miraculeux. Marc est dépité. “Et oui c’est ça d’avoir une belle moto neuve !”. Bon je n’en mène pas large non plus ! Après sondage le fond parait plus homogène, mais le courant reste fort. Jaco se poste donc au milieu.

De ses guêtres, vêtu telle une pin-up du 19ème, il est là prêt à intervenir en cas de péril submersif ! Je me lance en premier sans trop de réflexion (“Pas de cerveau, pas de migraine !”), et après un début de traversée plutôt cool, à mi-parcours le courant se met à m’emporter, m’embarquant dans des eaux plus profondes dans lesquelles je ne veux pas aller, je me dis “J’m’en fou, gaz !” et malgré un style qui laisse à désirer du genre nage libre, j’arrive au bout non sans quelques émotions 🙂 .

Je ne comprends pas, mon passage n’a pas vraiment rassuré Marc 🙂 . Il prend son courage à deux mains et se lance dans le tumulte de ces eaux.

Comme moi il se fait embarquer et non sans mal il accoste, le pédalo en moins ! “+ 1 niveau style!”. Suite à ces quelques émotions, nous sommes ravis de la suite du parcours, plus roulante et surtout moins flottante. Au fils des dernières heures, le temps nous rattrape. Rien de tel qu’une bonne pluie pour se rappeler où nous sommes, histoire de finir la journée comme les autres ! Mais malgré cela c’est sous le soleil que nous arrivons au Cottage. Avec derrière nous un rideau de pluie sur les montagnes “à faire flipper un escargot !”.

Ce devait être le dernier jour sur les pistes car les jours suivants sont plus goudronnés, liaison jusqu’au ferry oblige ! Alors c’est fiers et satisfaits que nous nous installons dans la cabane. Après une bonne douche, il est temps de dérusher les images du jour. Le soleil, en plus de l’absence de vent, ont fait de cette journée l’une des plus productives. Nous avons réalisé notre Rêve en Islande, à nos yeux les deux jours restant ne sont, à ce moment-là, que sinécure.

En route pour Hofn

Au réveil, après cette bonne nuit de sommeil au pied de ce volcan qui a su rester aussi discret que les machines à décibels que nous sommes, nous prenons la route pour Hofn.

Cette partie de l’ile est beaucoup plus touristique que tout ce que nous avons vu jusque-là. Dès les premiers arrêts point de vue ou chute d’eaux, les bus de tourisme sont déjà présents. On se sent un peu comme au ciné, un truc dingue à l’écran mais plein de monde autour ! Se dirigeant vers le mauvais temps, il nous reste cependant un petit bout de F-road à parcourir (aller/retour) pour nous rendre à Laki, qui sur la carte parait proche. Un panneau indique 40 km pour y arriver “Ah quand même !”.

Alors que nous entamons les premiers kilomètres, mon embrayage se remet à faire des siennes. Lors de cette nouvelle purge, la fuite apparait “l’émetteur par Toutatis !”, il nous reste près de 80 km de pistes, plus les 200 km de route qui nous séparent encore de Hofn, et les 300 km pour atteindre le port le lendemain. Autant vous dire que je ne suis pas très confiant, nous n’avons qu’une petite fiole de liquide d’embrayage (merci encore Philippe KTM 06) dont le niveau descend continuellement au fil des purges. Comme il faut parfois être raisonnable, nous décidons de continuer 😉 .

Direction Laki, la piste est merveilleuse, encore différente de ce que nous avons pu voir, toujours dans les mêmes teintes, mais différente. Après quelques petits passages à gué auxquels nous ne nous étions pas préparés “C’est fou, quand tu crois que c’est fini, t’as plus envie d’y mettre les pieds”, nous affrontons quelques passages simples puis d’autres plus costauds, et sous la pluie en prime ! “Est-ce que ça vaut le coup d’y aller avec ce temps ?!”, la fatigue et la flemme font leur œuvre…

Et bien nous y sommes quand même allés ! En ce qui me concerne l’efficacité est le maitre mot, et le style aux oubliettes ! Une fois ces quelques gués et 40 km abattus, nous arrivons au parking du site sous une pluie battante.

Un charmant petit panneau nous indique qu’il ne faut pas moins de près d’ 1h de marche (en bottes de moto) pour rallier le point de vue que nous convoitons “Euh là, ça va pas le faire !” 🙁 . “Faut pas pousser mémé dans les orties” comme on dit, nous faisons demi tours avant que les gués ne nous gonflent, parce que là ils commencent à bien nous gonfler 🙂 .

Le retour se fait sans encombre, malgré mon style aquatique démoniaque. Après une petite escale à Vik pour sécher, manger et faire le tour des boutiques souvenirs, nous reprenons la route direction Hofn sous la pluie avec un vent à déplumer les moutons. Mes cervicales s’en rappellent encore ! Plus qu’un arrêt à faire au lagon de Jokullarson, pour observer ces magnifiques blocs de glace qui flottent (plus communément appelés icebergs), que j’ai malheureusement eu du mal à apprécier à leur juste valeur, pour cause de fatigue et de rêve de bain chaud.

Les 100 derniers kilomètres qui nous séparent du logement ont été les plus longs du séjour. Par chance l’accueil à la Gynigia Guesthouse est très chaleureux, la propriétaire est aux petits soins et son énergie nous dirige vers un restaurant du coin où on se régale.

Notre dernier jour !

Après une bonne nuit de sommeil, il est temps en ce dernier jour de rejoindre le port de Seydisfjordur. Alors que nous entrons dans la salle pour le petit déjeuner, une affiche à notre attention est aimantée sur le réfrigérateur. C’est un bulletin d’alerte. Au vu des conditions météo auxquelles nous avons fait face jusqu’à présent, sans jamais aucune information de ce genre, nous nous demandons un peu à quoi nous devons nous attendre… Selon le bulletin, vents violents, fortes pluies et chutes de neige sur la quasi-totalité du territoire et bien entendu sur les 300 km qu’il nous reste pour rejoindre le ferry, où nous devons embarquer sans faute le soir même.

Autant vous dire qu’on a pas trainé, fini le voyage touristique, là il faut se bouger. Nous prenons donc l’itinéraire le plus court en espérant passer avant le déluge. On s’est bien rincé la gueule, mais nous arrivons à bon port pour le repas de midi. Après avoir mangé il faut charger motos et matos sur le 4×4 avant l’embarquement, nous finissons de laver les vêtements sous une pluie battante et embarquons sur le Norrona dans les temps.

L’aventure touche à sa fin et à quelques jours prêt, tout notre itinéraire serait tombé à l’eau. La totalité des routes de montagne ont été fermées en ce jour et le seront certainement jusqu’à la fin de l’hiver. Des amis à nous, en trek (piétons) dans les hautes terres, ont été contraints sur ordre des autorités d’évacuer la zone par n’importe quel moyen, dans les plus brefs délais et de se rediriger vers la civilisation.

C’est alors satisfaits que nous sommes installés dans la cabine du ferry. Après 9 jours en terres Islandaise le bilan est très positif.

Au compteur nous avons parcouru près de 2500 km principalement de pistes, à une vitesse moyenne de 68 km/h, en près de 35h de roulage. Nous n’avons aucune chute à déplorer, aucun gros souci mécanique et surtout un itinéraire parfaitement respecté sans aucun demi-tour ! Le job est fait !

Il ne nous reste plus qu’à rentrer chez nous pour retrouver nos proches, avant de continuer l’aventure Raid2roues en rédigeant un article en vue d’une éventuelle publication et en réalisant le film pour un support plus parlant.

Pour info, sur place et sur le ferry la vie est très chère, nous avons tous dépassé notre budget, au lieu des 1500 euros prévus sur place, nous avons atteint les 2000 à 2500 euros.

Je vous dis donc à très bientôt sur raid2roues.com et allez en Islande ça vaut vraiment le coup, quelle aventure !!

1 commentaire

  • C quoi exactement le “style aquatique démoniaque”?
    Je présume que cela ne permet pas de filmer avec Le Drone en même temps cette fois ci
    Restez sur route la prochaine fois
    C un ordre ! LOL

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